Résumés des études

Evgenia Marinakou, « Le Bois sacré des Myrophores. Le locus amoenus de Thanassis Valtinos »


En tant que représentation traditionnelle de l’espace en littérature, le locus amoenus est utilisé pour exprimer un paradis terrestre. Les traits qui le composent, et qui sont l’ombre, la fraîcheur, les buissons, les arbres, les sources et les fleurs, correspondent dans une large mesure à l’espace méditerranéen. C’est un concept dont l’histoire plonge profondément dans le temps : lieu originel dans la Genèse, utopie phéacienne chez Homère, il est ce lieu de belle nature où nymphes et bergers prennent plaisir à l’amour dans les Idylles de Théocrite, mais aussi, bien sûr, celui de l'Arcadie dans les Bucoliques et l’Énéide de Virgile, avant de servir aux restitutions poétiques et picturales du paysage idéal. Il s’agit d’une eutopie qui symbolise la vision d’un monde de plaisirs dans la nature, mais qui évince aussi tout trouble provenant du monde réel et de l’histoire, auquel il peut aussi servir de contre-poids imaginaire.

Dans « Le Bois sacré des Myrophores », Thanassis Valtinos, tout en suivant la tradition gréco-romaine, retravaille à sa façon les éléments qui caractérisent le locus amoenus. En associant différents genres narratifs et divers types de discours, il invente un lieu qu’il prend soin d’ancrer dans l’histoire de façon à y inscrire la mémoire de ces deux temporalités fondamentales : le temps collectif des événements et celui, individuel, des personnages. La présente étude entreprend de montrer la position intermédiaire occupée par le Bois sacré des Myrophores, quand il est créé pour effacer la mémoire de l’histoire et pour préserver celle du personnage. Considérant que cette mémoire est soumise dans les deux cas à une épreuve de vérité, l’analyse aborde « Le Bois sacré des Myrophores » comme le projet d’un lieu sans localisation, finalement comme utopie.